Le second

Après un mois, je me décide à vous le partager,… à le publier…
Entre fierté nuancée, médaille à peine assumée et peur du jugement, voici le compte rendu de ce qu’aurait pu ne pas être mon second marathon…

Etrange tournure n’est-ce pas ?  Et si ça devait être systématiquement le cas ?  et si le doute faisait partie de l’aventure ?  Je l’ignore, l’expérience me manque encore…

Le projet… La (ville) Lumière … 

Tout commence par renouveler une belle aventure, celle de Namur… qui m’a vu naître deux fois… Ensuite, trouver le lieu, l’équipe et le coaching gagnant… Comme la première fois.

Les amis sont là.  Albert avait validé un 2e après Namur.  Paris me tente bien…  C’est beau, j’ai vraiment envie d’aller voir la ville en plus ! ça tombe bien ! Je m’inscris, confiante le 3 novembre.  Paris m’attend.  Youpie.  Les copines suivent, les coachs valident, le groupe s’installe.

Le Grain de Sable

Cinq jours plus tard,… Je bug.  Je n’ai pas d’autre mot.  Je bug littéralement un matin au départ pour le travail.  Mon cerveau dérappe, ma tête déconne…. Je suis perdue, chez moi. J’ignore où je aller, que faire, où je suis…  Peut-être un jour, écrirais-je là-dessus, quand j’y verrai plus clair. Ce seul paragraphe aura retardé la rédaction de cet article.  Bref.  C’est donc dans un drôle d’esprit que se profile ce marathon. bah, ça ira mieux d’ici là ! Peut être ne pas le faire… Mais alors deux ‘échecs’ consécutifs ?  oooh… commence, tu verras.

Je fais le choix de ne rien nommer, et d’assez peu communiquer sur cela…
Ca devient réel sinon… et ça prend plus de la place !

Merci à ceux qui auront été là, qui auront juste accueilli mon bordel cérébral sans jugement.
Janvier

L’année nouvelle commence et les semaines se succèdent, je tente de prendre mieux soin de moi.  J’ignore comment attaquer (ce sera le mot) cette prépa qui est censée démarrer fin février.  Mon corps devrait être reposé… lui, ça devrait aller.  Mais le mental rame, la concentration est approximative et la moindre lecture se termine par une sieste… Alors un marathon !  Là où Namur fut une appologie à ma préparation mentale (et physique, évidemment)… celui-ci s’annonce moins certain !

Et si je n’y arrivais pas… Et si je n’y arrivais plus…  Et si Namur était un heureux accident.  (oui, je me rends compte comme ce propos peu paraître bête)

Un jour à la fois… un pas derrière l’autre. 

Merci à vous deux qui m’énnoncez régulièrement ces propos.  

Commençons la prépa, nous (nous étant Me, Myself and I) verrons si ça tient (ne sachant pas quoi mettre derrière ‘ça‘). J’entame le programme.    Début doux, puis crescendo…  Les jours se suivent…

24 Février – Au départ de Rivière

Ce début de prépa se passe dans des vents difficiles… Je ne parle pas (uniquement) de moi , mais vraiment du vent ! (à croire que tout était synchro !) … Les pulses sont vraiment compliquées à respecter !  L’appel au calme est général !  Calme intérieur et extérieur…  Petit Bambou m’accompagne au quotidien… et le yoga deux fois semaine… Zen et décontraction…

Je me concentre sur la prépa, ça me bouffe une énergie de dingue.
Sorties après sorties, je retrouve néanmoins ces agréables sensations d’y arriver.  C’est difficile, il fait froid, il fait noir,… mais je fais le job.  Je me concentre là-dessus ; se concentrer sur le job, « cours… ça tu sais faire… Fais ce que tu peux, mais cours.  Juste ça. » 

Mon thé et ses messages

Le hasard (ou pas, finalement) met sur mon chemin une Maison… Un autre projet… qui me tient tellement à cœur…  Evidemment un Marathon c’est déjà costaud, dans un état de fatigue mental, c’est assez rock’n roll ! Mais un déménagement en plus…

Un jour à la fois… un pas derrière l’autre.   

L’ambiance est bonne et l’attention soutenue.  Le décompte commence… Le groupe est dans la prépa… Les messages de soutien donnent les ailes qui manquent à certaines sorties…  De cette manière, les suivantes deviennent légères et agréables !   

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17 Mars – Les Lacs de l’Eau d’Heure

Incroyable merveilleuse surprise ; Anne-So viendra jusque Paris pour nous encourager ! dingue dingue dingue !  Elle embarque avec elle une délégation girly… Muriel et Sophie seront là… oooohhhh ! Génial ! Par contre, JF, notre coach et ami, n’y sera pas, il ne court pas,  … et ne viendra pas. Coup de massue…  ma première grande course sans lui.  Je vais le faire, mais ça va vraiment être étrange, bizarre … Incomplet

24 Mars – Au départ de Wépion, Fleur de Lait

La prépa continue, avec cette dimension très concrète à ajouter… Peu de monde sur la ligne d’arrivée*.  J’avais prévu la solitude à Namur… ce sera pour Paris !
Je partage un bon morceau de cette prépa avec Fanfan… Merci pour cela, et pour le reste … Je prépare mon corps (quasi) aussi bien que pour Namur.  Je fais tout mon programme, à la lettre.  Mais mon mental !  J’écris beaucoup moins les comptes rendus de mes sorties, je lis beaucoup moins… je cours, c’est tout…  Physiquement, je cours… mais je suis peu présente pendant mes sorties

Heureusement, les primo marathoniens questionnent et appliquent une discipline rigoureuse !  Laeticia est sur son premier marathon.  Elle prépare, elle lit, elle se repose, elle teste des petits déj, elle consigne son entraînement dans un joli carnet… que je lui ai offert… Le comble ! Sa discipline, qu’elle partage, me rappelle que je dois aussi un peu informer ma tête de ce qui va se passer !  Merci pour cela !

Il est temps.  J-10, je commence un peu à lire…  Quelques comptes rendus, quelques analyses de parcours.  Je teste un petit déjeuner… ça devrait aller, sans plus… Je reçois alors de ma copine (et Kiné) Pauline ces supers plaquettes pour mes baskets ! la classe ! j’adore ! Merci pour cela !

Je crains de décevoir ces personnes qui croient en moi… plus que moi-même ! Et si…

J-5.  Rdv avec Albert.  Éviter de zigzagger, il y a beaucoup de monde. Vous verrez une ligne bleue* au sol, veillez à rester le plus près possible, sinon compteur va être bien plus haut que 42.195kmGérer les côtes en douceur  légères comme des libellules et comme des papillons !

Je commence les caisses du déménagement en parallèle du pic de la prépa… Mauvaise stratégie.  On fera avec.  Le marathon a lieu dimanche.  Les actes seront signés mardi…

Un jour à la fois… un pas derrière l’autre. 

Marathon, J-3, veille du départ… il est temps de préparer la valise.  Avec cet aspect nouveau pour moi ; gérer à l’hôtel.  Prévoir un plan B pour la tenue, déjeuner,…  Je rédige une liste des choses à faire une fois à Paris. Ma tête n’est pas forcément disposée à bosser donc la liste est très précise ; samedi 21h préparer tenue, embarquer dossard. 22h préparer le petit déjeuner pour le matin. 22h30 au lit avec Petit Bambou,… 
Entre les caisses et la valise… mon appartement ressemble à une zone de guerre.

Paris.

J-2. Vendredi 12 avril.

Installation dans notre hôtel.  Il fait beau, le soleil brille.  Il me fait oublier le froid.  Je ne suis pas dans l’euphorie pré course… Je suis partagée.  Entre ceux que je retrouverai demain ou dimanche…  Et Ceux qui sont là, mais qui finalement, ne courrent pas.  Et puis… il y a ces fous qui font le déplacement pour Nous… (ne pas les décevoir) Et aussi les absents… ceux qui vont manquer. et mon mental toujours aux abonnés absents.

Un jour à la fois.

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Nous quittons l’hôtel, direction le salon du Running.    L’hôtel est assez éloigné et nécessite un certain temps de trajet et de marche.  J’ai l’impression d’être une campagnarde dans la grande ville… Métro, RER,…   Bref, après quelques recherches dans les méandres des tunnels parisiens, nous arrivons au Temple incroyable du running… Des mètres carrés dédiés à la course à pied.  Il est 20h, on y entre pénard… il fait calme, malgré le bruit et la musique des stands… Il y a peu de monde.    C’est une aubaine… Nous récupérons nos dossards, dans le calme… Nous prenons les dossards des absents et des blessés…  On verra ce qu’on en fait plus tard… on y pensera plus tard. Profitons.

Nous nous baladons… quelques achats, qu’on peut même prendre le temps de personnaliser !  Je vais à la rencontre d’une bloggeuse que j’adore, avec qui j’échange quelques mots.  Il n’y avait personne près d’elle… Nous avons bien pris le temps… Elle m’encourage…. Petit moment magique pour moi…  Merci Bonjour Darling !

Nous continuons notre découverte du salon et arrivons au coin des grands marathons… alors oui, on rêve déjà au suivant !

Un marathon à la fois

La journée se termine à la terrasse (chauffée) de chez Eugène avec les Coquillettes de Grand-Mère.  Je profite de ce moment de calme, que je présage être le dernier, pour remercier Fanfan pour sa présence dans ma prépa, nos sorties rock’n’roll, entre partage et papotage.

J-1. Samedi 13 avril

Lever en douceur…

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Je sens…

Ben non, je ne sens rien ! ni le stress, ni la pression, rien ! Je me dis, tracasse, ça va arriver.  Namur était différent car la veille, j’étais chez moi en train de relire des notes, des résumés, des livres sur les marathons… ici… j’ai peu lu… j’ai grosso modo noté les points importants du parcours ; les ravitos, les gels et les montées …  c’est tout.

Nous quittons l’hôtel en quête d’un déjeuner plus fourni que celui proposé.  Ce sera viennoiseries et café… mais est-ce bien raisonnable ?  Jack, tu déconnes !

Le soleil brille…  nous devons traverser un parc pour aller chercher le RER.  Ce matin ça va, mais demain, après le marathon, ça va être autrement compliqué.  Bref, nous verrons.

Nous gardons en tête de faire attention à ne pas trop marcher…  Mais il ne fait pas bon être à Paris ces derniers samedis…  Des actions menées par les gilets jaunes ont conduit à la fermeture de plusieurs stations clés pour nos repérages de ce samedi.

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Premier café sous le soleil des Champs Elysées…  une file de fourgon trône au milieu de l’Avenue…  C’est là, 24h plus tard, que nous prendrons le départ.   Il fait calme, pose photo et cure de malto !

Ensuite, direction Avenue Foch où se trouve la ligne d’arrivée, celle à atteindre le lendemain !  Je vérifie le point de rendez-vous fixé au groupe… ça fonctionne …    Les stands sont en train d’être montés, c’est grandiose, c’est gigantesque…  l’ensemble des consignes est étalé sur toute l’avenue… Et je prie à ce moment-là pour que mon box ne soit pas tout en haut, puisque le rdv avec les amis est en contre-bas.

11h30.  Ne pas trop marcher !!!  Deuxième café en terrasse…  Paris Paris… 19€ pour 2 cafés et un coca…  on ne traîne pas (dumoins, on comprend qu’en consommant si peu, on est invités à ne pas traîner) … donc on se balade, doucement…  Trotinette or not ?  Trop risqué (pour moi), équilibre fragile, j’évite.

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Direction le Salon en métro pour y retrouver les amis…  Après avoir mangé un spaghetti bolo (opération spaghetti, pâtes, penne, tagliatelles), nous entrons au salon… C’est différent évidemment, il y a du monde, plein de monde ! Il fait chaud, on se croirait un premier samedi de soldes !  On se retrouve, tout le monde est là… enfin presque.   

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Première surprise avec l’arrivée de Florence et Serge… 

Petit cadeau aux copines inspirantes de ma prépa…

Pause photo (oui, et toujours cure malto) au pied de la Tour Eiffel du Salon…

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Je ne sais pas pourquoi, en plein milieu de ce gigantesque truc, je ne me sens toujours pas dedans… je ne sais pas l’expliquer, pas de stress, pas d’inquiétude, pas de pression… J’ai presque du mal à concevoir que je vais courir 42 bornes le lendemain… Qui ça … moi ? Je ne dis rien, à personne. Mon état, c’est mon problème, inconcevable de jouer les caliméros. Chacun est à J-1. Certains pour leur premier,… ne pas les poluer.

On réfléchira plus tard…

On papote, on échange les derniers conseils vestimentaires, astuces, trucs,…  et on se dit à demain sur les Champs Elysées, rendez-vous devant Cartier (tant qu’à faire !)…  un souper s’improvise au Quartier de la Défense…  Pasta ! je prendrais bien une petite biere…. juste une petite… non.

Retour très tôt à l’hôtel… Où je me retrouve seule dans ma chambre…  Je dois me mettre dedans, sinon ça ne va pas le faire.  Je doute…. Je n’aurais pas dû manger un croissant, j’ai trop marché ! Ça va être la cata, je ne suis pas prête.  Je relis un compte rendu, mes annotations et mon plan (gel /ravito / montées).  Je me masse les jambes en les chouchoutants (oui, les filles, demain on remet ça… et ça va aller, suivez moi please)

J’essaie de visualiser… les kilomètres, la tour eiffel, le départ,..  Et rien ! je ne vois rien !  

J’appellerais bien Maman (ben oui quoi !) ou une de mes Twin…  mais il est déjà tard.  J’envoie un message à mes amis restés chez nous*… Les mots sont rassurants, mais je doute, je ne vois pas l’arrivée.  Je ne vois pas, je ne vois rien ! (lire plutôt je ne vowaaaaaaaaa rieeeeeeeen ! SOS) Je me vois courir oui… mais pas terminer…  je veux courir, je veux le faire… Je pense aux amis blessés qui donneraient beaucoup pour être à ma place…  

Je me calme.  Inspire exprire (je repense à cette fichue bille qui monte et qui descend …)

J’établi mon plan. Oui je vais démarrer.   Mon corps a bossé mais ma tête pas assez…  Mon esprit n’est pas prêt à en chier au 32e…  Mon mental n’est pas autant musclé que l’an dernier…  il n’est pas aussi entraîné à tenir bon… il est moins fort, moins tenace. peut-être aller jusqu’au 30e ? 34e ? Qui vivra verra. Il est 22h.  Je n’ai pas le choix, ma tête suivra mes jambes.  Les expressions disent « c’est au mental » ou pire « si ta tête veux, tes jambes suivent »… Oui mais personne n’a jamais évoqué la situation inverse !!!!  Les jambes, elles, elles sont prêtes. Mais la tête ne veut rien foutre, rien voir, rien visualiser,… rien !  

Et là, je me dis… t’as bossé pour courir 42,195 bornes.  Ton corps est prêt.  C’est à lui que tu vas devoir faire confiance… Alors je vais juste faire confiance à ma prépa.  Je prépare mon petit déjeuner pour le lendemain, un overtnight d’avoine.  Quelques gouttes de fleurs de bach pour m’appaiser (mon non-stress me faisant stresser !) et 4 séances de petit bambou (oui, il faut bien ça… programme ‘Sport et Mental’ … je m’endors, anesthésiée)

Dimanche 14 avril. Jour J
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Je me sens… ah ben non, toujours pas ! donc… action, prendre la liste et agir selon instruction. La tête servira plus tard… ou pas d’ailleurs !

6h15.  Lever, se laver (oui quand même) et déjeuner vers 7h max.  Pas d’excitation…  Je dormirai encore bien…  ooooh !! bouge toi tu fais le marathon de Paris.   Je déjeune au lit en regardant les dessins animés  (configuration à retenir pour la future maison) … cool.

Seule tactique possible ; démarrer, suivre le plan de vol du coach.  Aller le plus loin possible.  En espérant que ce soit l’arrivée.  Je pense que ce sera plus tôt … silence là-haut… ce sont les jambes qui décident aujourd’hui !

Direction le parc, la lumière est magnifique, le soleil est au rendez-vous…  Dans le métro, une voie au micro envoie beaucoup de courages aux participants du Marathon.  

Clap émotion ; première.

Jack, tu dois être à la hauteur

8h25.  Je vais à la consigne déposer mon sac.  Bon box est tout en haut ! shit ! J’y laisse mon gsm que je récupèrerais des heures plus tard… J’appelle donc Maman juste avant (ben oui quoi !) et Anso pour connaître le kilométrage où la retrouver ! En fait, elle est déjà à Paris… partie avant 5h du mat’… Grande malade que je kiffe !

Nous retrouvons le reste du groupe un peu plus loin que chez Cartier, au soleil.  Il fait froid.  très froid.  Certains amis blessés sont là.  Entre déception et émotion, ils restent.  Ils sont là pour nous encourager et nous soutenir.  Je pense à deux d’entre eux particulièrement ; Steve et Loïc… Les gars, vous m’avez donné une sacré leçon de courage, de partage et d’altruisme… Bravo et merci !  La médaille…  je vous la donne, symboliquement… Et je sais que votre revanche sera là.

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L’ensemble des supporters est magnifique !  Certains sont au départ, d’autres déjà sur le parcours.   Le dress code n’est pas aligné, peu importe car nous sommes un magnifique patchwork coloré de coureurs, de couleurs…

Nous recevons les derniers encouragements, les derniers conseils…  Nous laissons derrière nous nos 2 amis blessés… nos cœurs sont gros… et l’émotion est palpable.  

Clap Emotion ; Deuxième.

Nous transformons alors notre émotion en énergie quand Pauline nous rassemble en cercle…  Accrochés par les épaules comme elle le fait au rugby…   Pour l’équipe Je cours pour ma forme Fosses La Ville, hip hip et nous de répondre en crevant le ciel «  WOuaAAAAAA»  (il faut le dire tout haut pour que ça fonctionne hein !) … A trois reprise, nous prenons possession des lieux, de l’espace.  Fosses-la-ville is in the place ! …. Nous sommes là, on va prendre Paris !

Jack, tu donnes tout !

Il est l’heure.

Direction les sas…  Bye bye les copains, à tantôt.  Perso, j’ignore où les retrouver… mais je prie que ce soit à l’arrivée.  Nous marchons vers notre SAS.  Il est 9h40.  L’émotion est là, certains nous manquent cruellement car c’est là que nous aurions les derniers mots, les derniers conseils, les dernières vannes qui camouflent l’amitié qui nous lie…  Nous sommes quelques-uns dans notre sas… ensemble (oui, sorry Albert,) … Fred, Laeti, Fanfan, Roseline, Nath et moi…  Dernières photos, derniers petits mots.

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Les 2 sas précédents se vident.
Il va être l’heure.
Il fait toujours très froid.
Nous avançons.
La musique démarre. Les charriots de feu.

…Laissez vous guider par la petite musique

L’avenue est à nos pieds, le soleil est bas et transforme le pavé en chemin illuminé. 
D’un seul et même pas, les gens descendent en marchant.
Calmement.
La musique, le soleil.
Concentration.

Je suis là.  Au Marathon de Paris, et je vais courir jusqu’à ce que je n’ai plus de force.

Il est 10h20.  Il y a une tension dans l’air… Elle, je la retrouve, je la reconnais… je l’avais vécue à Namur…  cette minute suspendue où le temps s’arrête.

On arrive à la borne qui marque le départ, en douceur.  
Le mouvement se crée et se précise…
La musique me porte. 
Je commence à courir.  C’est parti.

Ma mission, respecter mes pulses.  S’il y a une petite chance que je termine, c’est en suivant les consignes.  Je les ai notées sur ma main pour être certaine (mémoire poisson rouge) ; 0-5 km ; 140-150 / 5 – 30 ; 150-155 / 30-35 ; 155-160 / fin comme tu veux.  + 5 pulses max dans les côtes.  Suivre les pulses… on verra si la tête suit…  J’adore quand Albert me dit « la fin comme tu veux »… Ce sera plutôt « la fin comme tu peux »…

Je suis avec Laeti et Fanfan. C’est assez savoureux de courir dans Paris, à travers les belles avenues, les jolies vitrines… J’ai la ligne… shit ! Albert… elle est verte la ligne ! 🙂 je la suis le plus possible pour éviter d’allonger la distance, 42 me suffiront ce jour. Quelques pavés au début, les pulses sous contrôle, les filles à mes côtés. Je me sens bien, je cours. Premier ravito, plus tard qu’annoncé, le schéma flasque à main fonctionne toujours ! parfait !  on avance, ça grimpe un peu, mais ça roule ! Expression Albertienne….  Au 8e, je sais que je dois retrouver Anso, Muriel et Sophie… je surveille à droite… à gauche…

Aaaah un paneau avec un tournesol et des gonzesses qui hurlent… Ouiiii ce sont les filles !  
Je vois Muriel, Sophie… et….

ooooohohohoh!!!!! My god ! JF est là !
Je ne me pose pas la question de ma transpiration éventuelle, et je pense que je lui saute littérallement au cou !  et là…
OOOOoooohhhh ! Mon Dieu !  Catherine est là !
(En fait, j’adore vous retranscrire mes petits dialogues internes, ils me font rire quand je relis mes articles) Quelle bande de grands malades… Je suis super heureuse ! Mon cardio accuse 20 pulses de bonus !  JF fait quelques pas à mes côtés, ses fameux mots pour la route sont là…  Merci Coach !  

Fanfan et moi reprenont la route… en silence, émues…  Je  devine son émotion…  Je calme la mienne…

Nous continuons la route, il y a énormément de monde… sur la route et sur les côtés…  Les supporters sont nombreux et très présents.

Je passe les 10km, ça va.  Je prends mon 1er gel.  Je restructure la route, je relis mon plan écrit sur mon bras… prochain ravito au 13e, puis 18e… ok.  Nous arrivons au Château de Vincennes, très beau… je me sens toujours bien entre balade touristique et bonne ambiance.  Tout va bien.

Manquerait plus, j’ai encore 4x ça à faire… Chuuuuut on a dit, cours !

Un pas à la fois.

Au 20e, nous retournons vers la ville… l’ambiance est là… musique et encouragements ! c’est dingue !

Le semi se profile… je me dis quand même que je me sens toujours bien.  je n’ai pas de bobo, aucune fatigue… finalement, je vais continuer… Sans blague !  t’as vu le prix !

J’ignore où ça se passe exactement… mais Fanfan n’est pas loin devant… je la vois avec son tshirt corail et sa queue de cheval qui se balade de gauche à droite… un vrai métronome !  Je reste un peu derrière, c’est plus confortable.  Laeti n’est pas loin….  Je sais qu’arrivées au 30e, elles vont tracer…  Top !

Les tunnels se profilent.  Je sais qu’il y en a 3.  Le premier est vraiment long !  je craignais le dénivelé, il était moins intense que prévu… mais être enfermée sous terre ! je déteste ! Bref… je cours.  c’est long, sans lumière, sans chanson, ça ne sent pas très bon.  Je vois une lumière au loin (non, non ça va)  la sortie est proche !

Enfin ! le soleil ! ouf !  Un deuxième tunnel, petit celui là… Nous reprenons l’air frais,… je remets mes manchons, il fait toujours frisquet.  je regarde sur la gauche… je sais que je verrai bientôt la Tour Eiffel qui marquera le 30e.  Pour l’instant, je vois au loin le toit de Notre Dame.

Notre Dame qui, à l’heure où j’écris ces lignes,
aura mené un combat intense contre les flammes pendant des heures  !  
Je pense aux pompiers qui nous divertissaient sur le parcours
soit pour nous asperger (avec le risque de me transformer
en glaçon instantannément) soit pour nous faire chanter…  
Et qui, auront, le lendemain, lutté
aux côtés de Notre Dame pour veiller, elle aussi à la soulager. 

Je repense donc à ce moment où j’ai vu son toit de loin…
avec une certaine émotion.

Je continue, on est aux environs du 24e… Comme le Trail de la Côte d’Opale. Et ça va…   allez alors,  on y va

Théoriquement, dans 6 bornes le mur… Cette fois, tu vas te le prendre.  On devrait revoir nos supporters, ils vont me faire la tête au carré si je m’arrête à leur hauteur…  Je verrai. Tant que ça roule, ça roule.  Les pulses sont toujours ok, les jambes aussi !  Petit concert de reprise de Johny, Allumer le feu…  top !  Je pense évidemment à JF qui doit kiffer l’accompagnement musical.

25e… Fanfan, rejointe entretemps, me dit « il nous reste le trail de Maredsous à faire »…  Ah oui, c’est vrai, maintenant on peut décompter.

28, 29, 30 …  Ah ben non, ça va.  Pas de mur.


32e.  Je vais continuer encore un peu… au moins pour avoir fait le plus gros…   34e.  la fameuse difficulté majeure du parcours… si au moins, celle là, je peux me la faire… je ne serai pas finisher, mais au moins, j’aurai la tête à moitié haute… doucement mais surement.    Je devrais bientôt voir Albert je crois.

34e.  On recroise nos supporters !  Quel bonheur ! Anso fait quelques pas à mes côtés, elle a dû comprendre/voir que j’en avais plein les lattes…  je lui dis que j’en ai marre (genre) … elle me chante Hakuna Matata, me dit qu’elle est fière de moi et que je suis belle (j’avoue là, je t’ai un peu moins crue… LOL)… Merci pour ça.  Continuons donc.

 

Un pas après l’autre

36e.  ça devient long. Les jambes sont en pilote automatique.   Je suis seule.  A Namur, au 36e, mes frères et belles soeurs étaient là… Alors je pense à eux…  Je me demande s’ils suivent un peu l’histoire que je vis… ou pas.  
Alors, mes pensées s’envolent, …
D’abord, je pense boulot (ooooh non, surtout pas ça !)  
Puis, je me rappele avoir lu des trucs sur des gens qui ont des hallucinations…  (noooon pas ça non plus) …  Alors moi, j’ai des hallucinations kinesthésiques..  Je crois que j’ai mal… un coup au thibia, un coup à la hanche. Je pense « La douleur est éphémère… «  …  
Alors, je pense Petit Bambou (oui, ça tu peux).
Je pense à Valentine ; « Inspire la force, Expire la détermination ». (Jack ; respire quoi !)
Je pense à mon mois sans alcool ; t’as pas arrêté de picoler pendant 1 mois, Laetare y compris, pour pas le terminer ce fichu marathon.   
Je pense juste que c’est long et difficile…  

38e.  Les jambes flageolent…
J’ai des images des finishers dont les jambes lâchent et qu’on porte jusqu’à l’arrivée ! sauf que moi, évidemment, si je me plante au 38e, personne ne va me porter sur 4km !  donc, il faut avancer.  d’autant plus qu’ici… je suis embêtée, il y a moins de monde… Et je n’ai ni mon gsm, ni un numéro à apperler…  donc, je dois avancer. Pas le choix. Ben oui, tu vas le terminer ma fille, il reste ton brevet à faire (décidémment, 5km reste une distance ancrée) … pense à tous ces nouveaux JCPMF ! 5km tu peux le faire…  Je pense à Caroline qui s’entraîne pour son brevet, à mes émotions sur cette fameuse journée.. 
J’ai encore le Gel rouge que je peux prendre… genre en cas d’urgence au 40 ou 41e.   Je pense à Geneviève ; Si vous ne pouvez pas voler, alors courez. Si vous ne pouvez pas courir, alors marchez. Si vous ne pouvez pas marcher, alors rampez. Mais quoi que vous fassiez, continuez d’avancer.

Et là, miracle, la tête se réveille de son hibernation…
Tu as couru presque 39km…  C’est très bien.  On va au finish ! on le termine !

C’est à ce moment qu’on croise des supporters.  Je ne sais plus leurs mots, je ne sais plus leurs phrases, mais ils sont là… présents et rassurants.  Les mots sont doux, réconfortants et soyeux… (débrouillez vous pour imaginer… je sais que c’est l’effet que ça a eut sur moi)
Bon,… C’est ok, je vais finir.  Je les informe que je termine. « JF ; finalement, je vais le finir ». Et je cours.  En pilotage automatique… mais je cours.  Je pense à Albert qui dit « 30km de balade et 12km de course »… Ben, je suis définitivement meilleure en balade.

Vers le 39e… quelque chose touche mes cheveux… je baisse la tête pour éviter… Je pense à une mouette. Non, mais sérieux, tu déconnes plein pot !… et je regarde ensuite. C’est le drapaux 5h.  Ohhhhhh 5h… Et donc, si je reste devant, je mets moins de 5h… Quoi ? sérieux ?  il reste 3km… je peux le faire.  Je peux suivre la Dame et son drapeau noir.  Il y a quelque chose qui se passe dans ma tête à ce moment… elle donne l’ordre aux gambettes de se remuer, d’allonger la foulée…  5h ! ooooh ce serait magique.  J’y crois. Jusqu’à entendre la meneuse d’allure dire qu’elle est en retard et qu’elle va devoir accélérer…  Donc,… elle presse le pas, et je me laisse distancier.  (pardon petite Madame, mais là… Je t’ai détestée)  Je pourrais la suivre.. 1km… pas plus, mes pulses sont à 175, la distance est trop importante jusqu’à la ligne d’arrivée pour tenir la cadence.

(Après analyse que je n’ai pas faite pendant la course évidemment ;
Ce raisonnement était faux puisque je n’avais pas démarré en même temps que la meneuse d’allure. )

Je suis un peu déçue, elle est devant moi, je mettrai plus de 5h… bon… après, je vais le terminer c’est mieux qu’attendu… je prends !  j’ignore pourquoi, ma foulée reste bien, légère je cours… je ne rampe pas, je ne me traîne pas… non… je cours !   Je vois Raph et Christine,  ils ont toujours un sourire incroyable… un sourire magique qui recharge les batteries instantannément !  Je terminerai au dessus des 5h… mais je termine.  Merci à vous deux d’avoir été là… Précisémment là.

Dans le tournant je vois le panneau 500m… 500m pourquoi ?    aaaah ben oui, j’ai loupé le panneau 41 et 42 ! bonheur !  Je suis légère, déterminée et heureuse.  Je suis concentrée.  Mes amis sont dans le tournant !  je suis verouillée, je leur fais signe (à la Mathilde) et continue.  

L’avenue se présente à moi… ça monte moins que prévu.  Je suis seule (avec quelques milliers d’autres mais seule).  Je donne tout.  Je vole.  Les gens tappent sur les parois qui recouvrent les barrières nadars, je n’entends rien jusqu’à ce que mon attention soit percutée (mot délibérément choisi) par une voix féminine qui hurle « ouaaiiiis Jaaaaack »  en tappant de toute ses forces sur cette paroi.  Je vois Pauline, je n’ai rien entendu d’autre qu’elle !  les ailes poussent et je cavale !

Je passe la ligne d’arrivée dans un sprint fulgurant (je plaisante, 11.5km/h)

J’entend, au micro, un gentil « le sourire de la Belgique sur la ligne d’arrivée »

Fin.

On m’a dit un jour que chaque Marathon a son histoire…
Celle-ci a été longue, particulière, incertaine et indécise
Avec le recul, elle m’aura informé des ressources que j’ai, même quand je pense ne pas les avoir.
Et ce qui est particulier, c’est que sur chacune des photos officielles, c’est bien un sourire que j’affiche…

J’ai commencé cet article le lendemain du marathon, entre les caisses.
Je le termine, dans mon canapé, dans ma nouvelle maison.
J’ai mené ces deux projets… Avec un troisième en cours…
Je continue sur ma lancée…

Et ce jour,  soit un mois plus tard,
Je décide de me livrer
Je me promets de faire mon possible pour croire en mon Travail et en Moi…

J’ai fait un marathon,
Et puis un second
Ce n’est pas un accident,
J’ai les ressources et du talent !


4 réflexions sur “Le second

  1. Comment écrire un commentaire lorsqu’on termine la lecture de ton récit… c’est inspirant, comme toujours… tellement intime aussi…

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  2. J’ai les larmes aux yeux ma jacq !! Continue de croire en toi surtout. T’es une guerrière mais tu ne le sais pas !!! C’est un truc de fou ce que tu biens d’écrire !! J’ai tt vécu… Bravo pour tout !! 😘😘😘😘

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